L’Ecole Nyingmapa

Publié le par lobsang sonam

Le courant nyingma ou nyingmapa est la plus ancienne des traditions du bouddhisme tibétain, comme l'indique son nom (nyingma : ancien ; pa : courant). Ses différentes lignées prétendent toutes remonter à Padmasambhava qui apporta le bouddhisme dans le « Pays des neiges », et se basent sur la première vague de traductions en tibétain des tantras et des soutras.

Les autres courants kagyupa, sakyapa et gelugpa, basés sur des traductions ultérieures, sont parfois regroupés sous le terme sarmapa (nouvelle tradition). Les moines nyingmapa sont parfois appelés Bonnets rouges, terme qui peut aussi s'appliquer aux sakya et aux kagyu, les gelug étant les seuls à porter des bonnets jaunes.

L'école nyingma est la branche la plus orientée vers le tantrisme avec des pratiques parfois inspirées du shamanisme et un sens du secret marqué. À l'instar du bön qui s'en rapproche, elle comprend de nombreux maîtres laïques mariés.

Ces caractéristiques, et l'absence de pouvoir politique découlant de la « faiblesse » de sa tradition monastique et institutionnelle - à la différence des gelugpas ou des kagyupas, le courant n'a jamais eu de chef, l'ont parfois désavantagée et fait considérer avec un brin de suspicion par les autres courants. Elle n'en fait pas moins partie des cinq traditions religieuses tibétaines officiellement reconnues par le Dalai Lama, et possède en tant que telle un représentant officiel au sein du gouvernement tibétain en exil.

Le titulaire actuel de la charge depuis 2003 est Mindroling Trichen Rinpoche. Il succède à Kyabje Dudjom Rinpoche (des années 60 à 1987), Dilgo Khyentse Rinpoche (1987-1991) et Pema Norbu Rinpoche de (1991-2003).

Deux caractéristiques de l'enseignement nyingma, que le courant partage avec le bön, sont l'existence d'une transmission directe sautant les générations et le dzogchen. La transmission directe se fait par l'intermédiaires des termas, textes dissimulés par d'anciens maîtres, en général Padmasambhava, découverts par les tertöns (découvreurs de trésors) en tant qu'objets matériels ou visions.

Présente tout d'abord dans les régions du Tibet central, l'école s'est ensuite développée dans les régions orientales, particulièrement au Kham (Tibet oriental) où la majorité de ses pratiquants se trouvent actuellement. Les nyingmapas sont également influents au Bhoutan, au Sikkim et dans certaines régions du Népal. Comme toutes les traditions tibétaines, le courant a essaimé en Occident après l'invasion du Tibet.

Origines

Jusqu' au XIe siècle, où avec le développement de nouveaux courants elle reçoit son nom d'« ancienne », l'histoire de la tradition nyigma se confond avec celle de l'ensemble du bouddhisme tibétain. La datation des premières influences bouddhistes dans ce pays est difficile, et les faits relatés par l'historiographie traditionnelle ne peuvent pas toujours être confirmés. La tradition rapporte qu'autour de 433, alors que le roi Lhatho-Thori-Nyentsen était âgé de soixante ans, un texte bouddhique (Pang Kong Chag Gya Pa) et des objets sacrés churent sur le toit de son palais. Au VIIe siècle, le roi Songsten Gampo (617-698) aurait épousé deux bouddhistes, une népalaise et une chinoise, et de nombreux temples, dont le Rasa Thrulnang, auraient été bâtis durant son règne.

C'est le roi Trisong Detsen (742-797) qui aurait invité tout d'abord Shantarakshita (d. 802), abbé de Nalanda (arrivé avant 767), pour propager le bouddhisme, puis Padmasambhava (arrivé vers 817) pour lutter contre les démons et les forces négatives qui faisaient obstacles à son expansion. Le roi ordonna la traduction en tibétain de tous les textes disponibles. Le travail, qui devait fournir le premier corpus de la tradition bouddhique tibétaine, prit plusieurs années. Padmasambhava supervisa la traduction des tantras, Shantarakshita celle des sutras.

Ils furent aidés par cent-huit traducteurs et les vingt-cinq disciples principaux de Padmasambhava. Le monastère de Samye fut fondé et devint le centre de diffusion du bouddhisme, qui se mit à concurrencer les traditions religieuses locales (bön). Des factions se formèrent, avec de nombreux aléas pour les uns et les autres au gré de la politique. Ainsi, le règne de Langdharma fut très défavorable au bouddhisme (836–842). Les missionnaires indiens et chinois (chan) s'affrontaient également. En 792, à l'issue d'un débat connu sous le nom de concile de Lhassa, le ch’an dut abandonner le terrain au bouddhisme indien. Durant le règne de Tri Relpachen (866-901), les traductions furent rééditées et on commença à distinguer une sangha (clergé) blanche laïque et une sangha rouge monastique, nommées d'après la couleur de leurs robes. C'est en 978, les grands troubles politiques passés, que le bouddhisme prit une existence officielle en tant qu'école distincte.

Les maîtres fondateurs de la tradition nyingma sont, outre Padmasambhava et Santarakshita, les vingt-cinq disciples du premier dont Yéshé Tsogyal, Vimalamitra et Vairochana. Bouddhaguhya, Shantipa et le maitre tantrique Dharmakirti, actifs à la même période, ont dû également jouer un rôle important dans la propagation du bouddhisme et du tantrisme. En 1159, le bouddhisme est solidement implanté et Kadampa Déshek (1122-1192) fonde le monastère de Kathok, première institution importante depuis Samye. Du XIIe siècle à nos jours Le clergé nyingmapa, relativement peu structuré, ne prit guère part aux luttes politiques qui accompagnèrent la constitution du Tibet en une féodalité monachique. Le courant produisit une grande quantité de textes et d'ouvrages dont les plus importants ont exercé une influence sur les autres traditions.

La majorité des grands auteurs sont des tertöns. Trois maîtres contribuèrent de façon notable au mouvement syncrétique rimé. Longchenpa (1308-1364), auteur prolifique, clarifia l'enseignement en rédigeant de nombreux ouvrages, en particulier le Dzôdün (sept trésors) et le Nyingtbik Ubsbi. Urgyen Terdak Lingpa (1646-1719), fondateur du monastère de Mindrôling, fut le maître du cinquième Dalai Lama. Il rassembla toute la transmission orale des nyingmapa. Jigme Lingpa (1730-1798) a condensé l'enseignement de Longchenpa en un cycle de termas appelé Longchen Nyingthig, qui constitue la base principale du dzogchen contemporain. Mipham Gyatso (1846–1912) « océan indomptable », fut reconnu comme la réincarnation de Manjushri, bodhisattva de la sagesse. Il structura la philosophie de l'école pour la mettre au niveau des grands centres d'études monastiques de l'époque. L'école kagyupa a adopté certains de ses écrits. Do Khyentse (1800?-1859?), Jamyang Khyentse Wangpo, (1820-1892) et Patrul Rinpoche (1808-1887) contribuèrent de façon importante au mouvement rimé.

Maitres contemporains : Thinley Norbu Rinpoche, Kyabje Dudjom Rinpoche (~1904–1987), Dilgo Khyentse Rinpoche (~1910-1991), Tulku Urgyen Rinpoche, Penor (Pema Norbu) Rinpoche, Khenpo Choga Rinpoche, Khyentse Norbu (fils de Thinley Norbu Rinpoche et cinéaste, également connu comme Dzongsar Jamyang Khyentse Rinpoche), Chagdud Tulku Rinpoche, Tarthang Tulku, Sogyal Rinpoche, Düdjom Rinpoché, Dilgo Khyentsé Rinpoché.

L'école s'est implantée en France en 1977 avec la fondation par Düdjom Rinpoché du centre Urgyen Samyé Chöling en Dordogne, région où a vu le jour en 1980 le Centre d'études de Chanteloube. En 1981, Sogyal Rinpoché a fondé à Paris le centre Rigpa, suivi en 1991 du centre de retraites européen Lérab Ling dans les Cévennes.

Publié dans Histoire du bouddhisme

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